Ensilage d’herbe : rendement et valeur alimentaire, deux leviers à piloter ensemble

La récolte de l’ensilage d’herbe reste l’une des décisions les plus stratégiques de la conduite fourragère en élevage laitier. Faucher tôt pour préserver la valeur alimentaire ou attendre pour sécuriser les stocks ? Ce choix, renouvelé chaque printemps, conditionne directement la quantité de lait que l’exploitation pourra produire à partir de ses surfaces. Entre rendement et valeur nutritive, ces deux paramètres ne s’opposent pas systématiquement.

 

Récolte précoce : la qualité avant tout

Intervenir avant l’épiaison des graminées permet d’obtenir des fourrages aux caractéristiques nutritives élevées : UFL autour de 0,90 -0,95/kg MS, teneurs en MAT comprises entre 15 et 18 %, et une digestibilité de la matière organique (dMO) souvent supérieure à 70 %. Ces valeurs favorisent une ingestion maximale et réduisent le fort recours aux concentrés pour les vaches à haut potentiel.

En contrepartie, les rendements restent limités, généralement autour de 3 t MS/ha. Le coût à la tonne de MS produite est donc plus élevé, et la sécurité des stocks peut être fragilisée en cas de printemps défavorable ou de faible repousse estivale. Cette stratégie convient avant tout aux systèmes intensifs disposant d’une surface fourragère confortable ou aux exploitations pouvant bénéficier aisément de secondes coupes.

 

Récolte intermédiaire : allier qualité et quantité

Un léger décalage de la fauche, visant un rendement de l’ordre de 4 à 5 t MS/ha, permet de concilier qualité et volume. La dMO se situe alors entre 65 et 70 %, les teneurs en UFL restent supérieures à 0,85/kg MS. L’ingestion potentielle reste, elle, compatible avec les besoins des vaches en production.

Le gain de rendement par rapport à une coupe précoce est souvent de 50 à 70 %, ce qui améliore sensiblement le coût à la tonne et sécurise le bilan fourrager. Dans un contexte de variabilité climatique croissante, cette stratégie offre le meilleur ratio performance/risque.

 

Récolte tardive : maximiser les tonnages

Au-delà de l’épiaison complète, les rendements peuvent dépasser 6 t MS/ha, mais au prix d’une forte dégradation de la valeur alimentaire. La lignification des parois végétales entraîne une augmentation de la NDF à plus de 500, une concentration azotée affaiblie (< 12 MAT/kg MS) et une baisse de la digestibilité.

Pour les vaches laitières en production, cela se traduit par un déficit d’apports énergétiques que la ration devra compenser par des concentrés supplémentaires, au risque d’alourdir le coût alimentaire. Ce type de fourrage peut néanmoins trouver sa place pour l’alimentation des génisses, des vaches taries, ou en constitution de stock tampon.

 

L’indicateur clé : le lait produit permis par les fourrages par hectare

Plus que le rendement à l’hectare, c’est la quantité de lait potentiellement valorisable par hectare de prairie qui doit guider la réflexion. On se rend compte, qu’avec des rendements entre 4 et 5 t MS/ha nous arrivons à des quantités de lait/ha intéressante, tout en préservant les valeurs alimentaires et en diluant les coûts de récolte. C’est cet indicateur global, intégrant rendement et valeur UFL, qui permet de mesurer la performance et la cohérence d’une stratégie de récolte.

 

La conduite du système fourrager doit dépendre des objectifs de l’éleveur, de son système d’exploitation et des contraintes économiques de l’élevage. La stratégie de récolte de l’herbe doit rester cohérente avec ces trois critères. En récoltant des fourrages de bonne qualité, en quantité suffisante, tout en s’adaptant aux exigences climatiques, les éleveurs s’assurent une meilleure efficacité alimentaire et économique, une meilleure productivité par vache, tout en gardant un coût alimentaire maitrisé.

 

Témoignage

Sébastien Goubert, EARL du Madelbos, à Arpajon-sur-Cère (15).

 

 

M Goubert conduit un troupeau Prim Holstein en traite robotisée, 850 000 litres vendus à l’année, 88 ha de SAU dont 16.5 ha de maïs, 57.6 ha en herbe (13.5 ha de prairies permanentes et 44.1 ha de prairies temporaires) et 13.7 ha de céréales.

« Sur mon élevage, les attentes ont changé au fil des années. Il y a 30 ans, nous cherchions la productivité par vache et la production d’un lait de qualité à tout prix. Aujourd’hui, ces deux critères sont encore recherchés, mais nous les couplons désormais à de l’économie, aussi bien sur la partie rationnement à l’auge que sur la partie conduite des praires. Notre principal objectif est de produire du lait de qualité le plus économique possible.

Pour cela, nous avons fait un gros travail avec mon conseiller sur la partie conduite du système fourrager. Le plus gros du travail a été réalisé sur la conduite de l’herbe. Nous sommes repartis du début, sur le choix des espèces à l’implantation. Nous avons ensuite revu ensemble toute la conduite de la prairie. Et enfin nous avons retravaillé également la partie récolte : gestion des travaux de récolte : du stade de l’herbe jusqu’au réglage de l’ensileuse. La révision de notre conduite des surfaces et une meilleure estimation du stade de récolte nous a permis de voir des résultats très rapides. Cela est très important pour nous de récolter un ensilage d’herbe de bonne valeur alimentaire en quantité suffisante, en particulier sur un système comme le nôtre avec plus de 50% d’herbe distribuée dans la ration. Notre conseiller nous a également accompagné dans la conduite et la récolte de notre ensilage maïs avec une coupe plus franche et un fourrage plus digestible.

  UFL dMO MAT
Ensilage herbe 2023 0.73 60.4 114
Ensilage herbe 2024 0.82 71.2 153
Ensilage herbe 2025 0.98 73 123
Ensilage herbe 2026 0.96 74 161

 

Nous avons atteint ces dernières années 6.8 TMS / ha de rendement total annuel sur nos prairies. Nous sommes totalement autonomes en fourrages.

L’optimisation des valeurs alimentaires de nos fourrages a permis une baisse de la concentration de la ration. En effet, la quantité de concentrés distribuée à l’auge a été réduite de 40g/l environ.

Notre production par vache a ainsi augmenté, de 11 621kg/VL en 2023 à 12 435 kg/VL en 2025, en conservant un coût alimentaire maitrisé (entre 160 et 200 €/1000 litres selon les années). »

 

Margaux Mollon, Cantal Conseil Elevage

 

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