Le Polispec : solution de précision pour optimiser la valorisation des fourrages

Depuis quelques années, de nombreux troupeaux voient leur niveau de production évoluer. S’il est devenu plus « simple » de faire du lait par vache, la rentabilité économique reste la principale problématique technique. C’est là qu’interviennent les fourrages qui présentent de vrais leviers de rentabilité dans nos rations de ruminants et cela dans n’importe quel système.

Loire Conseil Elevage a toujours investi dans la réalisation d’analyses de fourrages par le biais de laboratoires partenaires. Afin d’aller plus loin dans l’accompagnement de ses adhérents, la maîtrise des analyses en interne est apparue comme une évidence pour gagner en expertise et en rapidité. Un premier outil d’analyse de fourrages a été acheté en 2022 en copropriété avec Haute-Loire Conseil Elevage. Depuis novembre 2025, un nouvel analyseur nommé Polispec a été acquis.

 

Analyser une large gamme d’aliments

Le Polispec est un analyseur dans le proche infra-rouge. Cette technique est utilisée dans de très nombreux domaines. Elle permet de réaliser des analyses à grande échelle, rapides, à coût maîtrisé et avec des résultats très fiables. Cet outil est conçu pour l’analyse de fourrages (ensilage d’herbe, enrubannage, ensilage de maïs, foin, maïs épi, herbe verte), de rations complètes, mais aussi de concentrés simples (céréales, tourteau de soja). En plus de ces différents aliments, il permet d’analyser bouses et lisiers.

L’ensemble de ces analyses sont disponibles en moins d’une minute. L’appareil nous offre un panel d’indicateurs très intéressants afin de mieux comprendre nos fourrages. Nous pouvons retrouver des valeurs azotées et énergétiques, mais aussi de structure et de conservation pour les fourrages conservés par voie humide.

 

La protéine et les glucides passées au crible

Les valeurs azotées mesurées sont la matière azotée totale (MAT) ainsi que la protéine soluble. Grâce à ces mesures, nous pouvons calculer les valeurs PDI, PDIA et BPR de chaque fourrage. Nous pouvons mesurer les teneurs en sucre des fourrages mais aussi la teneur en NFC (Non-fiber carbohydrate). Cet indicateur regroupe l’ensemble des glucides simples des fourrages, c’est-à-dire les sucres, les amidons et des glucides simples intermédiaires entre les sucres et l’hémicellulose. Cet indicateur permet d’apprécier l’énergie lactogène du fourrage et de cibler la valorisation des UFL dans l’animal. En plus de ces valeurs mesurées nous calculons les UFL de chaque fourrage.

 

Mieux qualifier la partie indigestible des fourrages

Connaître la fibrosité de ces fourrages est important car ceci permet d’évaluer le stade de récolte et d’interpréter des phases de stress subi lors de la culture du fourrage. Nous analysons le NDF (neutral detergent fiber), l’ADF (acid detergent fiber) et l’ADL (acid detergent lignin). L’ADL est la partie indigestible du fourrage. Elle correspond à la lignine des fourrages. L’ADF reprend l’ADL et la cellulose. Le NDF reprend l’ensemble des parois cellulosiques du fourrage, c’est-à-dire ADL, ADF et l’hémicellulose présente dans le fourrage. L’hémicellulose est la partie la plus digestible des fibres. Elle permet la production d’acide gras volatils responsables de la production de matière grasse. L’ensemble de ces critères nous permettent d’interpréter le potentiel laitier du fourrage et de gérer au mieux la fibrosité chimique lors de la réalisation de ration.

 

Appréhender la conservation des ensilages

L’avancée technique la plus notable est la mesure de la conservation du fourrage. L’appareil nous permet de mesurer le pH du fourrage ainsi que la composition en acides de conservation. Le pH nous permet d’apprécier la stabilité du silo au moment du prélèvement tandis que les acides nous renseignent sur le processus de fermentation du fourrage.

Trois acides sont analysés :

  • L’acide acétique est le premier acide qui se développe lors de la fermentation. Sa production permet d’utiliser l’oxygène présent dans le silo et une première acidification légère. Son taux de présence dépend du tassage et de l’étanchéité du silo.
  • L’acide lactique est le second acide qui se développe lors de la fermentation. Sa production transforme les sucres présents dans le silo en lactates qui permettent une forte acidification du fourrage. C’est celui qu’on recherche à obtenir le plus tôt possible et avec un bon niveau. Son taux de présence dépend du potentiel du fourrage à s’acidifier.
  • L’acide butyrique est l’acide qui se développe lorsque le silo n’est pas stabilisé. Produit par les clostridiums, l’acide butyrique reflète un développement de spores butyriques à un moment donné en présence d’énergie. Son taux de présence dépend de la stabilité du silo donc du pH en fonction de la MS. Les clostridiums sont aussi responsables de la dégradation de l’azote en ammoniac. Le Polispec permet de mesurer la présence d’ammoniac dans nos fourrages, gage de la qualité de l’azote du fourrage et aussi d’appétence.

 

Valider l’efficacité du rumen

Cet appareil nous permet d’avoir une approche très précise dans la nutrition car l’ensemble des analyses peuvent être réalisées sur l’exploitation. L’analyse de ration complète nous permet d’appréhender les grands équilibres nutritionnels de la ration de façon directe, cette analyse nous permet de contrôler nos rationnements très rapidement. L’analyse de ration est un réel plus dans la nutrition car de nombreux critères sont mesurés tels que la MS, la MAT, l’amidon, le NFC, le NDF mais aussi la teneur en matière grasse. Un volet structure de la ration est aussi analysé avec une mesure des différentes proportions des particules tel un tamis Penn State. Ceci nous permet de contrôler très rapidement les grands équilibres de la ration, énergie, azote, fibrosité, matière sèche et structure afin d’apporter des ajustements le plus rapidement possible.

L’analyse des bouses vient compléter cette approche nutritionnelle avec la mesure de la teneur en protéines, en amidon et en fibres. Ceci nous permet d’apprécier la valorisation de la ration par les animaux.

Le Polispec nous permet de réaliser un tour d’élevage complet en partant des fourrages pour aller vers la ration, les bouses et même le lisier qui permettra de fertiliser au mieux nos cultures pour nos fourrages de l’année prochaine !

 

Valentin Vieux, Loire Conseil Elevage

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