En Ardèche, Drôme et Isère, 472 échantillons de colostrum de 472 chèvres et 31 élevages, ont fait l’objet d’une étude pour identifier les facteurs influençant la qualité du colostrum. L’objectif est de comprendre l’écart de taux d’immunoglobuline, constituant la richesse du colostrum, entre deux échantillons à première vue similaire.
La saison « post-mise-bas » en élevage caprin est une phase complexe. Les chevrettes, futures composantes du troupeau, demandent une certaine attention. Une bonne croissance est primordiale pour assurer leur future carrière laitière. Les chevrettes d’aujourd’hui sont le troupeau de demain.
Le colostrum : 1ère étape dans la vie des jeunes
La phase « colostrale » intervient dans les premières heures de vie de la chevrette ou du chevreau. Le colostrum, premier lait des mères après la mise-bas, doit être apporté dans les 2 premières heures de vie du chevreau et d’une quantité d’au minimum 10% du poids vifs dans les premières 24 heures. Celui-ci apportera une protection immunitaire au jeune pendant les 2 à 4 premières semaines de sa vie.

Source : Réussir la phase colostrale – GDS de l’Ain et Drôme Conseil Elevage, 2022
Qu’est-ce qu’un « bon » colostrum
Tous les colostrums ne sont pas égaux. L’objectif de cette étude est de comprendre pourquoi ceux-ci sont différents, mais d’autres analyses ont déjà prouvé certains points. Si possible, il est préférable de privilégier les colostrums :
- Avec une concentration d’immunoglobuline ≥ 50g/litre
Afin d’aider au développement des défenses immunitaires du chevreau, il faut privilégier un colostrum d’une concentration d’immunoglobuline (IgG) d’au moins 50g/litre. Pour cela, il est conseillé d’utiliser un réfractomètre qui mesure cette concentration. Cet appareil mesure un pourcentage de BRIX (teneur en sucre). Pour une teneur d’IgG de 50g/litre, il faut un colostrum à 24%BRIX (voir schéma ci-dessous).

Source : Réussir l’élevage des chevrettes, de la naissance à la mise-bas – Réseau d’élevage caprin région Centre, Institut de l’Elevage, 2014
Issus de la 1ère traite des chèvres taries au moins 6 semaines
Le colostrum est constitué de l’accumulation des sécrétions mammaires des 6 dernières semaines de gestation de la chèvre tarie. La composition du colostrum évolue vite et sa concentration en immunoglobuline (IgG) décroît très rapidement. A la deuxième traite après mise-bas, la concentration d’IgG a déjà diminué de 50%.
Comment bien conserver son colostrum ?
En fin de période de mise-bas, si la quantité de « bon » colostrum est encore importante, il peut être intéressant de créer une banque de colostrum pour la prochaine période de naissance.
- 2 à 3 jours: à température ambiante en hiver
- 1 semaine: au réfrigérateur, 4°C maximum
- 1 an: au congélateur, -18°C
RESULTATS D’ETUDES
Quels facteurs peuvent influencer la richesse d’un colostrum ?
Dans le cadre de cette étude, 31 élevages caprins d’Ardèche, Drôme et Isère ont participé à la collecte d’échantillons de colostrum. Au total, 472 échantillons ont été analysé au réfractomètre, pour en moyenne 15 échantillons par élevage.
La prise d’échantillon s’est effectuée au minimum de temps après la mise-bas. Les colostrums ont été congelés au maximum 4 heures après la collecte. Pour l’analyse, la décongélation s’est faite à température ambiante afin d’éviter toute destruction d’immunoglobuline.
Facteur individu :
- Race
Il a été prouvé statistiquement que sur cet échantillon la race n’a pas d’influence sur la teneur en Immunoglobuline du colostrum. L’échantillon a été divisé en quatre catégories selon les races présentent sur l’échantillon : Saanen, Alpine-Chamoisée, Murcia et croisée Alpine/Saanen.
- Rang de lactation
D’après un test d’analyse de variance effectué sur les données de l’échantillon, le rang de lactation a significativement une influence sur la qualité du colostrum.
On remarque que le taux d’immunoglobuline du colostrum se dégrade avec l’évolution de la lactation de la chèvre.

Teneur en Immunoglobuline en fonction du rang de lactation
- Durée de tarissement
Sur cette analyse, la durée de tarissement de la chèvre n’a statistiquement pas d’influence sur le taux d’immunoglobuline du colostrum. Six catégories ont été analysées : <40 ; 41 à 50 ; 51 à 60 ; 61 à 70 ; 71 à 80 et >80 jours.
- Nombre de chevreau
D’après les analyses statistiques, le nombre de chevreau né à la mise-bas a un impact sur la qualité du colostrum produit par la mère. Effectivement, plus le nombre de chevreau de la portée est importante, plus le colostrum est riche en immunoglobuline.
Cependant, on notera que la catégorie « 4 chevreaux » est dotée de seulement deux valeurs. Il y a donc un doute sur la fiabilité des données de cette catégorie. Les données des autres catégories sont tout à fait exploitables.

Teneur en Immunoglobuline en fonction du nombre de chevreau à la mise-bas
Facteur management
- Alimentation
Une comparaison sur le système d’alimentation au tarissement est difficile, 14 types de ration différents ont été catégorisés.
On trouve une différence de la qualité des colostrums par rapport au fourrage distribué au tarissement mais cela est très approximatif. Les quantités distribuées entre deux élevages sont très différentes et l’influence des concentrés distribués n’est pas remarquée. Pour avoir des données plus précises, il faudrait accentuer l’analyse sur le taux de matière azoté ou le taux de matière grasse de la ration.

- Complémentation
Plusieurs éleveurs de l’étude apportaient une complémentation minérale en cure au tarissement, d’autres des cures de vitamine. Des analyses ont aussi été faite sur les colostrums des élevages apportant du propylène glycol aux chèvres. Aucune de ces complémentations n’exercent une influence statistique sur le taux d’immunoglobuline du colostrum.
- Sanitaire
Différents types de vaccin ou antibiotique ont été pratiqué ou donné pendant le tarissement par certains éleveurs : chlamydiose, pasteurellose, toxoplasmose, mycoplasme, entérotoxémie, ectyma, staphylocoque. Aucun de ces traitements n’a, pour cet échantillon, un impact sur le colostrum.
Facteur produit
Aspect
Pendant l’analyse des échantillons au réfractomètre, chaque échantillon a été placé dans une catégorie d’aspect, allant de la phase liquide à la phase pâteuse. D’après une analyse de variance, il y a un fort impact de l’aspect visuel du colostrum sur sa richesse en IgG.
On remarque que plus le colostrum semble épais, plus sa richesse en anticorps est importante. Cependant, suite à des retours d’éleveurs, on constate que les colostrums caractérisés de « pâteux » ne sont pas consommables par le chevreau suite à leur difficulté d’absorption.

- Couleur
Comme pour l’aspect, une couleur a été désignée à chaque échantillon.
On observe également une forte influence de la couleur sur le taux d’immunoglobuline grâce aux tests statistiques. En effet, plus la couleur est prononcée, plus le colostrum est riche. On peut dire que c’est la quantité de protéine et d’anticorps qui donne sa couleur au colostrum.

TEMOIGNAGE D’ELEVEUR
GAEC de la Vieille Grange à Mornans (26)
160 chèvres laitières, producteur laitier AOP Picodon
Sélectionner son colostrum au réfractomètre
« De toute façon, le colostrum, on va le traire. Il suffit de prendre quelques gouttes, de les mettre sur le réfractomètre, de regarder et de trier selon ce qu’on veut en faire », Fabien BERTRAND, GAEC de la Vieille Grange.

Le colostrum, n’ayant pas la même composition chimique d’un lait « normal », est écarté de la production les premiers jours après la mise-bas de la chèvre. Les éleveurs vont le traire pour vider la mamelle de la chèvre et soit le donner aux nouveau-nés, soit le jeter.
Un jet suffit ! A la traite du colostrum, il suffit de garder 2 à 3 gouttes de celui-ci, de les disposer sur le réceptacle en verre du réfractomètre et de regarder où la limite des deux zones de couleurs différentes s’arrêtent. On préfèrera garder les colostrums supérieurs ou égal à 24% de BRIX.

Le saviez-vous ?
Un réfractomètre peut coûter moins de 25€ TTC

Source : labfon.com
La thermisation : est-ce vraiment utile ?
Oui ! Si c’est bien fait ! Pour diminuer, voir faire disparaître les germes pathogènes transmissible dans le colostrum (CAEV (Caprine Arthritis Encephalitis Virus), Listériose, Paratuberculose, Mycoplasme…), celui-ci doit être chauffé entre 56°C et 60°C pendant 60 minutes. A cette température, les germes indésirables seront éliminés sans impacter la concentration en immunoglobuline du colostrum. Si ce protocole n’est pas respecté, il y a un risque d’inefficacité du processus ou un risque de réduire de 30% la quantité d’immunoglobuline et d’impacter l’absorption du colostrum par la barrière intestinale de 50%.
Attention à votre type de thermiseur ! Beaucoup utilise des thermiseurs/stérilisateurs à bocaux qui ont potentiellement un thermostat défaillant, n’étant pas adapté à cette utilisation. Il est fortement conseillé d’utiliser un thermiseur spécifique comme le Stéricolostrum, certes plus onéreux, mais beaucoup plus fiables.
« On met en route et il y a juste à revenir une fois que le colostrum est thermisé », Fabien BERTRAND, GAEC de la Vieille Grange.
Lise VERMOT-DESROCHES, Adice





