Favoriser la digestion de la fibre : un essai grandeur nature

 

 

Le dérèglement climatique conduit à produire des fourrages avec des parois végétales ayant une digestibilité aléatoire.

Les parois végétales sont constituées d’hémicellulose, cellulose et lignine. L’analyse des fourrages permet de doser avec un détergent neutre l’ensemble des parois végétales (NDF) et avec un détergent acide la cellulose (ADF) et d’approcher leur digestibilité.

Par exemple, un ensilage d’herbe précoce dose 400 grammes de NDF avec une digestibilité de 80% alors qu’un ensilage d’herbe tardif dose 500 grammes de NDF avec une digestibilité de 70%. La valeur calculée d’un ensilage d’herbe précoce est 1 UFL/kg MS contre 0.9 UFL pour un ensilage tardif.

La date de récolte des ensilages est primordiale. Les microorganismes du rumen sont capables de produire une grande quantité d’énergie à partir de la matière organique des fourrages. Plus les fourrages sont digestibles, mieux les bactéries digèrent les fourrages.

L’objectif de l’essai était de tester des enzymes qui sont extraites lors de la fabrication du maltose à partir de l’amidon de l’orge.

4 élevages ont été suivis. Le produit a été distribué pendant 60 jours. La digestibilité de la ration et les bouses ont été analysées avant et après la mise en place de l’essai.

 

Ci-dessous les résultats de l’essai :

 

Digestibilité avant l’essai Augmentation digestibilité
NDF 50 %  + 9 %
ADF 55 % + 6 %
Matière Azotée Totale 60 % + 6 %
Matière Minérale 45 % + 10 %
Matière Grasse 60 % + 8 %
Amidon 96 % + 1 %

 

La digestibilité des parois végétales est augmentée de 6 à 10%. Le gain estimé est en moyenne autour de 0.5 UFL soit équivalent à 1 kg de lait. La réponse dans les 4 élevages est de 0 à 1 kg lait en plus. La variabilité de la réponse est souvent liée au niveau de lignification des fourrages. Le deuxième enseignement est l’amélioration de l’assimilation des minéraux.

 

 

Témoignage

 

Franck Chapuis, éleveur de la commune de Meys dans le Rhône.

Troupeau de 50 vaches Holstein, 9500 Kg de lait à 41.1 g/kg et 33.7 g/kg (Moyenne CL 2025).

Ma ration complète est composée de 6 kg de MS d’ensilage de maïs et 9kg de MS en ensilage d’herbe 1ère et 2ème coupes. Ma culture du maïs ensilage souffre des fortes chaleurs et perd de sa digestibilité en fin de cycle végétatif. J’effectue un ensilage d’herbe très précoce riche en sucres et en valeurs alimentaires. Je complète ce fourrage avec une deuxième coupe de Ray Grass ou un ensilage de méteil structuré et moins digestible. Les prairies temporaires et prairies permanentes sont également ensilées mais leur digestibilité varie aussi très vite. L’équilibre en protéine de ma ration se fait exclusivement avec du tourteau de colza.

Pour valoriser pleinement ma ration, mon technicien m’a recommandé, à titre d’essai, d’utiliser une enzyme que j’ai associé dans mon minéral pour valoriser cette cellulose peu digestible et remettre de la santé digestive dans le rumen. Après 2 semaines d’utilisation, j’ai observé un changement de comportement de mes animaux. Le troupeau est beaucoup plus dynamique et actif avec des vaches qui se déplacent plus. L’expression des chaleurs est beaucoup plus visible et intense, c’est ce que je recherchais pour la période hivernale (de novembre à février).

La production en lait n’a pas forcément augmenté, mais les vaches en début de lactation sont plus productives avec un super poil. Dans mon langage d’éleveur, je dis : « elles sont pleine bourre ». Mon ressenti s’est confirmé avec des analyses de digestibilité dans les bouses (analyses chimiques et bousomètre).

Coté production, le gain en lait, en moyenne, est de 0.4 kg de lait. Je crois que cela dépend des profils de rations de chaque élevage. Chaque troupeau réagit différemment. Chez moi, c’est plutôt sur la dynamique de déplacement dans le bâtiment et l’activité au niveau de l’auge.

 

Alexandre Batia, Rhône Conseil Elevage

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