Anticiper les problèmes de demain grâce à une bonne prépa vêlage

Il y a un peu plus de dix ans, Jerôme Maitre, éleveur à Jullianges en Haute-Loire, décidait de revoir entièrement sa gestion des vaches taries et la manière de préparer ses vaches au vêlage.

À l’époque, les vêlages posaient régulièrement des problèmes et entraînaient leur lot de conséquences : production perturbée, problèmes de santé, troubles de reproduction. En repensant progressivement sa stratégie avec une succession de petites décisions cohérentes, il a réussi à stabiliser son troupeau et à faire reculer des pathologies qui semblaient presque “inévitables” auparavant.

Aujourd’hui, son système est simple, fonctionnel et très efficace. Retour sur un cas concret qui montre comment une approche réfléchie du tarissement peut transformer la santé du troupeau.

 

Un point de départ marqué par les problèmes de santé

Lorsque l’éleveur raconte ses débuts, il évoque une période où les problèmes liés au vêlage étaient fréquents. Les fièvres de lait, les non-délivrances et les vêlages compliqués étaient presque devenus habituels. Ces incidents entraînaient des répercussions en chaîne : les vaches n’arrivaient pas à lancer correctement leur lactation, certaines développaient des mammites de démarrage, les veaux étaient parfois peu toniques, et la reprise de la reproduction se trouvait souvent retardée.

Confronté à ces difficultés répétées, il a cherché une solution durable. C’est à partir de 2013 qu’il a commencé à structurer une vraie phase de préparation au vêlage, convaincu que le problème venait de la conduite alimentaire et du management autour du tarissement de son troupeau.

 

 

Au départ : une ration simple, mais réfléchie

Dans les premières années, l’éleveur ne disposait pas encore de la méthode affinée qu’il applique aujourd’hui. Il gardait une partie de la ration des vaches laitières pour constituer la base de ration, puis complétait en ajoutant 3 à 4 kilos de paille directement dans le bol. Cette paille apportait de la fibre, ralentissait l’ingestion et permettait d’éviter un excès énergétique mais n’offrait pas tous les critères d’un rationnement harmonieux et efficace.

Il ajoutait également les minéraux et le chlorure de magnésium, déjà conscient que dans un système tout herbe, et la recherche de fourrages lactogènes, il devait travailler l’équilibre anion-cation pour limiter les risques d’hypocalcémie. À ce stade, il s’agissait surtout de limiter les risques en évitant des rations trop riches, tout en respectant les besoins de la vache tarie.

Aujourd’hui : une conduite parfaitement stabilisée

Après plusieurs années d’observations et d’ajustements, la ration de préparation est devenue plus précise et plus efficace. Désormais, l’éleveur distribue la moitié ou un tiers de la ration des laitières, selon la saison et l’état corporel des animaux. La gestion de la note d’état corporel est devenue un vrai pilier de la conduite de la période sèche. Il ajoute ensuite un complément minéral adapté, du chlorure pour ajuster la BACA, et de la paille à volonté, distribuée à côté pour permettre aux vaches de réguler elles-mêmes leur ingestion.

Il insiste sur le choix de la paille plutôt que du foin dans son système. La paille est plus fibreuse, plus “piquante”, et elle n’apporte pas d’énergie supplémentaire, ce qui permet de ne pas déséquilibrer le reste de la ration. Cette approche est cohérente dans le cadre de ses stocks disponible et garantit un rumen bien rempli, mais non sur-sollicité. Aujourd’hui la ration apportée est équilibrée à 120g de MAT /kg MS avec une BACA proche de 0. Une concentration de 80g de PDI/kg de MS pour 0.81UFL et un niveau d’ingestion de l’ordre de 12kg de MS par jour.

Le lot de préparation est désormais installé dans un bâtiment séparé, plus calme, où les animaux ne sont pas dérangés et où ils bénéficient d’un suivi spécifique. Les vaches disposent également d’un accès extérieur permanent. Cette liberté de mouvement joue un rôle essentiel : elles marchent, sortent, broutent un peu et sont globalement plus apaisées.

 

 

Des résultats visibles, mesurables et durables

Avec ce système, l’éleveur observe une amélioration très nette de la santé des animaux autour du vêlage. Les fièvres de lait ont pratiquement disparu et les non-délivrances sont devenues rares. Les vêlages se passent mieux, plus naturellement, et les vaches récupèrent plus vite.

Il note également un recul important des mammites de démarrage, un problème récurrent chez les animaux fragilisés par un vêlage compliqué. La montée en lait est plus régulière : les animaux lancent leur production sans à-coups, et l’impact positif se retrouve ensuite sur l’ensemble de la lactation. Aujourd’hui l’éleveur économise 0.5 IA/IAF, un résultat non négligeable sur un troupeau de 70 vaches.

Les veaux, eux aussi, ont gagné en vigueur. Ils naissent en meilleure forme, tètent mieux et présentent moins de troubles digestifs. La conduite du colostrum, modifiée elle aussi, y contribue largement. Moins de pathologies et une croissance dynamique sont autant de gains économiques que de sérénité.

Le rôle majeur du logement et de l’exercice

Au-delà de l’alimentation, l’éleveur insiste sur l’importance du confort et de la tranquillité. Le fait que les vaches en prépa soient logées dans un autre bâtiment, loin de l’agitation quotidienne du troupeau laitier, joue un rôle essentiel dans la réussite du système. Elles sont plus sereines, se préparent mieux et vêlent dans un état physiologique optimal.

L’accès extérieur contribue lui aussi à cette amélioration. Les vaches sortent, marchent, se dégourdissent et adoptent un comportement plus naturel. Même si elles ne trouvent dehors que peu d’herbe à brouter, le simple fait de pouvoir s’activer et de ne pas rester enfermées est, selon l’éleveur, un élément clé dans la prévention des complications au vêlage.

Un système simple, efficace et reproductible

Aujourd’hui, l’éleveur n’envisage pas de modifier sa conduite. L’ensemble du système fonctionne, les résultats sont réguliers et les pathologies de vêlage ont été considérablement divisées. La combinaison ration contrôlée + paille + chlorure + tranquillité + exercice semble atteindre un équilibre particulièrement efficace. En bref, un vrai management de lot. Quand les vaches n’ont pas de souci au vêlage, tout le reste s’enchaîne beaucoup mieux. Une approche progressive, construite pas à pas, qui montre qu’en élevage laitier, les ajustements simples mais cohérents peuvent réellement révolutionner le quotidien d’un troupeau et de son éleveur.

 

 

Le saviez-vous ?

 

Connaissez-vous la différence entre le chlorure de magnésium et le chlorure de calcium ?

Le chlorure de magnésium permet d’acidifier la ration et d’apporter du magnésium pour les délivrances. C’est le produit à utiliser en première intention. Le chlorure de calcium est plus complexe dans son utilisation. Il est pertinent quand on veut acidifier très fortement la ration avec une mesure obligatoire des Ph urinaire des animaux.

Paille ou foin ?

Les deux fourrages peuvent être utilisés. Il faut absolument vérifier l’appétence et les quantités ingérées par jour. Les rumens doivent être remplis au maximum avec des notes > à 4. Pour stimuler l’ingestion, on peut couper ces fourrages. Des éleveurs valident cette pratique.

12 ou 16 kg MS par vache par jour ?

Un kg de MS ingéré en plus, c’est 1 kg de MS ingéré en plus après vêlage. Cela favorise la maîtrise de déficit énergétique. Le défi c’est aujourd’hui de viser 16 kg de MS.

 

Antoine Roche, Haute-Loire Conseil Elevage

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