Les antibiotiques, ce n’est pas automatique, même au tarissement !

Le plan Eco-antibio est un plan national qui vise à réduire l’utilisation d’antibiotiques à moyen terme notamment en élevage laitier. Diminuer le recours aux antibiotiques en médecine vétérinaire constitue un enjeu majeur pour limiter le développement de bactéries résistantes. Le traitement sélectif au tarissement est une solution permettant d’atteindre cet objectif. Il permet une diminution de 40 à 60% de l’utilisation des antibiotiques au tarissement sans dégrader la qualité sanitaire du troupeau et sans détériorer les résultats économiques.

 

Comment bien réussir son traitement sélectif au tarissement ?

 

Le traitement sélectif au tarissement consiste à administrer un traitement antibiotique intramammaire uniquement aux vaches qui en ont réellement besoin c’est-à-dire les vaches présentant une infection mammaire pendant la lactation ou au moment du tarissement. En revanche, pour ne pas prendre de risques, l’utilisation d’obturateur interne est vivement conseillée sur toutes les vaches.

 

1.Repérer les vaches infectées

Suivant la situation cellulaire du troupeau, le nombre de vaches taries sans antibiotique sera variable. Une vache est considérée infectée dès que le seuil des 100 000 leucocytes est dépassé sur l’un des trois derniers comptages ou qu’une mammite est détectée au cours des 3 derniers mois de lactation. En effet, 97% des vaches en dessous de 100 000 cellules ne présentent aucune bactérie dans la mamelle. Au-delà de 100 000 et jusqu’à 200 000 cellules, 18% seulement des mamelles sont saines.

2.Respecter le protocole de soin

Le vétérinaire de l’élevage prescrit un ou des médicaments lors de la visite sanitaire en fonction de la situation leucocytaire de l’élevage et des risques de nouvelles infections. Il va s’appuyer sur une analyse de la situation en matière de mammites, d’enquête épidémiologique, d’analyse bactériologique, afin de prescrire l’antibiotique le plus approprié.

3.Ne pas négliger la prévention

En bâtiment, le respect des normes de surface de couchage, d’hygiène quotidienne du logement, de ventilation et des conditions de traite sont primordiales. Au pâturage, des facteurs de risques existent, en particulier si les zones de couchage sont dégradées (secteurs ombragés, autour des abreuvoirs). Dans tous les cas, lors du tarissement, la vache devra être séparée physiquement des vaches traites pendant les premières semaines, afin de la sortir de l’ambiance de traite. La prise en compte de facteurs individuels est importante : le numéro de lactation, le niveau de production laitière au tarissement, les problèmes de gerçures sur les trayons ou de perte de lait, etc.

 

Un outil d’aide à la décision personnalisé à son élevage

Les conseillers de Conseil Elevage peuvent vous accompagner, notamment avec l’utilisation du module « traitement sélectif au tarissement » de Milklic.

Le module se compose de trois écrans :

  • Le protocole de soin: il permet de renseigner la démarche de traitement en fonction des vaches saines et infectées. Ce protocole est établi en lien avec son vétérinaire.
  • Facteur de risques « troupeau »: cet onglet permet de renseigner les différents facteurs de risques à l’échelle du troupeau, en lien avec le logement des tarie. Chaque facteur de risque a une note associée, le cumul de points détermine le poids des risques troupeau.
  • Facteurs de risques « Vache »: le traitement sélectif c’est s’adapter aux particularités de chaque vache : la parité, l’état de la mamelle, les pertes de lait entre les traites etc.   La prise en compte des caractéristiques physiques de l’animal permet d’individualiser le protocole.

 

 

Après l’analyse des facteurs de risques, le bilan évalue la capacité de l’élevage à s’adapter au traitement sélectif. Il permet d’avoir un bilan individuel d’intervention à chaque vache (utilisation obturateur seul ou antibiotique + obturateur) en prenant en compte son historique individuel issu des données du contrôle de performances (comptage individuel cellulaire et enregistrement des mammites). L’outil « Traitement sélectif au tarissement » regroupe toutes ces informations et permet de gagner du temps dans la réflexion et l’application.

 

Le traitement sélectif au tarissement est possible sans dégradation des résultats à condition de prendre les précautions suivantes :

  • Administrer des obturateurs seuls uniquement sur des animaux à moins de 100 000 cell/mL.
  • Être précautionneux dans la mise en place de l’obturateur : désinfection des trayons, expulsion de la bulle d’air.
  • Être attentif à l’hygiène du logement au cours du tarissement, au retour dans le troupeau.

 

 

Témoignage Mr VAZEILLE Alain à Orcines (63)

 

Mr VAZEILLE est éleveur laitier en agriculture biologique depuis 2018, l’élevage est composé de 50 vaches de race Montbéliarde pour une moyenne de 6500 litres/VL.

La moyenne cellulaire au contrôle des 3 dernières années s’établit à 134 000, avec des taux moyens sur 3 ans d’infection au tarissement de 8% et un taux de guérison de 90%.

 

 

Depuis combien de temps pratiquez-vous le tarissement sélectif ?

« J’ai commencé le tarissement sélectif lors de mon passage en agriculture biologique, il y a 8 ans. J’avais suivi une formation réalisée avec mon vétérinaire et le conseil élevage, cela m’a permis de comprendre l’intérêt et les enjeux du tarissement sélectif notamment en lien avec la lutte contre l’antibiorésistance ».

 

Comment pratiquez-vous ?

« La première étape a été de mieux exploiter mes données issues du contrôle de performance, notamment les comptages individuels. Au début je mettais uniquement un obturateur aux vaches inférieures à 150 000 cellules/ml sur l’ensemble de la lactation et sans antécédent de mammite. Aujourd’hui mes seuils de décisions sont restés identiques mais j’utilise uniquement un film externe avec des résultats satisfaisants.

Le tarissement sélectif m’a obligé à être plus rigoureux, je ne tarie plus à « la chaine », je raisonne chaque vache individuellement en fonction de son historique sanitaire. Parallèlement j’ai amélioré les conditions de logement de mes vaches taries et revu l’alimentation : phase de préparation, niveau de ration, couverture en minéraux et oligo-éléments. »

 

Quel est le bilan ?

« A l’époque, comme beaucoup d’éleveurs, je traitais systématiquement toutes les vaches avec des antibiotiques intramammaire. Sur 2025 seulement 10 vaches ont reçu un traitement antibiotique intramammaire. D’un point de vue économique, la réduction de l’usage des antibiotiques est réelle, mais au-delà de l’aspect financier, c’est surtout une satisfaction professionnelle. Aujourd’hui, lorsqu’un traitement est nécessaire en cas de mammite, la réponse est bien meilleure. Par ailleurs, la limitation des traitements facilite l’utilisation du lait des premières traites pour l’alimentation des veaux, sans contraintes liées aux délais d’attente (double en agriculture biologique), contribuant ainsi à une meilleure valorisation du lait ».

 

Catherine Cougoul, EDE DU PUY DE DOME

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