L’année 2022 a marqué un tournant pour les résultats économiques des exploitations laitières, avec une évolution du prix du lait depuis 3 ans qui a grandement contribué à les améliorer. Néanmoins, les écarts de performance économique entre exploitations n’ont jamais été aussi importants. Il est donc nécessaire d’analyser de très près ses résultats économiques. L’atteinte d’un bon niveau de revenu disponible n’a jamais été aussi proche mais le chemin pour y arriver n’a jamais été aussi étroit.
Analyser ses coûts de productions
L’analyse de ses coûts de production (méthode IDELE) est une nécessité pour faire un point sur ses charges et ses produits. Elle permet de se situer sur chaque poste, au sein de son système, et de prendre conscience d’un éventuel dérapage. La première analyse doit être Macro : charges opérationnelles, charges de structure, niveau d’annuité, produit lait, produit viande et primes.
En quelques chiffres, grâce à la force de notre réseau et à la masse de données que nous collectons, il est relativement simple de repérer les points forts et faibles économiques d’une exploitation.
Entre 2011 et 2021, très peu d’évolutions sur le produit (prix du lait et prix de la viande) ainsi que sur les charges (aliment, engrais, de mécanisation et autres) étaient constatées. Le revenu comptable se situait aux alentours de 1 smic par exploitant (plus ou moins 15% selon les années) et le revenu disponible était d’environ 23 000€ par exploitant. Des résultats bien trop faibles au regard de l’investissement financier et du temps de travail pour les éleveurs.
Depuis 2022, net changement : +100€/1 000l en 2 ans sur le prix du lait, + 25 à 30% sur le prix de la viande, +30%/1 000l sur les charges de mécanisation…. Le revenu comptable s’approche de 2 smic et le revenu disponible dépasse les 40 000€/ exploitant.
Etant donné le lien très étroit entre la productivité de la vache et le revenu de l’éleveur, l’investissement dans de l’aliment peut être très rentable si la production suit.
En revanche, il n’y a pas de lien entre la charge de mécanisation et le revenu. Il est donc primordial de bien penser la gestion du poste de mécanisation. On constate que plusieurs systèmes sont compatibles pour une bonne efficacité économique. Il est parfois moins coûteux de faire faire que de faire. La simplification de son système fourrager peut-être une piste de travail, l’achat de matériel en CUMA ou en copropriété en est une autre. La taille du matériel et la puissance des tracteurs sont souvent surdimensionnées par rapport aux besoins des exploitations, sachant que la charge de la traction représente 50% de la charge de mécanisation. L’impact de l’investissement sur la fiscalité ne doit pas être le premier critère à regarder.
Niveau d’endettement et annuité
Les ratios d’endettement sont plutôt bien maitrisés et le niveau d’annuité très cohérent (12% du produit brut, 35% de l EBE). En revanche, il devient plus difficile de financer des bâtiments neufs étant donné le coût de la construction et l’évolution des taux d’intérêts (même s’ils rebaissent légèrement). On atteint des coûts de 14 000 à 15 000€ la place, difficiles à rentabiliser.
Cohérence de l’exploitation
On constate que le volume de lait/UMO stagne depuis quelques années (250 à 260 milles litres de lait). En parallèle, le nombre moyen de salariés par exploitation augmente et la charge salariale est plutôt corrélée positivement avec le revenu de l’éleveur. Il est donc important d’avoir un bon équilibre entre le volume de lait, la main d’œuvre disponible, la surface, le chargement, la productivité des animaux ainsi que la charge de mécanisation.
Le métier de producteur de lait est complexe et est un métier d’équilibriste où il faut en permanence s’adapter au climat, à la conjoncture économique, politique et environnementale……mais c’est un métier passionnant.
Témoignage du GAEC la ferme des délices à St Cyr les vignes (42)
4 associés, 12 salariés et 5 saisonniers dont 5.5 UMO sur l’ atelier lait– 2,1 millions de litres de lait produits par an.
Le GAEC la Ferme des Délices, par sa dimension (210 vaches laitières en traite robotisée, fabrication de glaces, méthaniseur, photovoltaïque, accueil à la ferme), a toujours calculé pour chaque atelier ses coûts de production afin d’optimiser chaque poste de charge et de produit. Ce témoignage se concentrera uniquement sur l’atelier laitier. Avant la hausse récente du prix du lait et avec des investissements importants, les marges de manœuvre n’étaient pas grandes. Avec une productivité par associé trop élevée, il y avait des postes améliorables comme la mortalité des veaux et le coût des aliments.
À la suite d’un rendu coût de production réalisé par Dominique (en 2016), un de leur conseiller de Loire Conseil Elevage, ils ont décidé d’embaucher une personne supplémentaire avec comme objectif l’amélioration du suivi des veaux et des génisses. Un an après, et malgré un salaire supplémentaire à verser, la marge globale de l’atelier lait a augmenté grâce à l’amélioration des performances techniques. L’opération a été renouvelée l’année suivante avec l’objectif d’améliorer la charge d’aliment en augmentant la fabrication à la ferme et en passant en matière première. Grâce à ces embauches, il est maintenant plus facile de se libérer, notamment les week-ends où chaque associé ou salarié a seulement une astreinte par mois. Pour en arriver là, il a fallu une dimension d’atelier suffisante : en raison de l’incendie qui a détruit la totalité de l’atelier laitier en 2022, le choix a été fait de maintenir 3 robots et une production de 2 millions de litres afin de pouvoir rémunérer un nombre suffisant de salariés. Les salariés présents sur l’exploitation sont pratiquement tous entrés comme apprenti et c’est grâce à l’apprentissage que le recrutement est facilité. Un planning est réalisé un an à l’avance afin que chacun connaisse ses jours d’astreinte et ce planning est globalement bien respecté. Seulement en période de gros travaux et pour gagner en efficacité pour la récolte de l’herbe, l’entraide avec les voisins est maintenue : pendant qu’une équipe récolte, une autre épand le lisier sur les parcelles libérées ou même réalise le semis direct, pour le maïs notamment. Cette main d’œuvre disponible permet de réaliser chaque tâche au bon moment, apporte un confort de travail et un gain d’efficacité technique et économique très significatif.
Pour attirer et conserver les salariés sur l’exploitation, les associés ont mis en place une véritable stratégie. Tous les lundi midi, associés et salariés se retrouvent pour partager le repas, préparé à tour de rôle par deux d’entre eux. Le temps de travail est respecté, un entretien annuel avec chaque salarié est réalisé, une journée de cohésion est organisée chaque année ainsi qu’un repas en basse saison.
« Aujourd’hui avec une main d’œuvre suffisante le travail est bien fait, nos marges sont optimisées et nous avons du temps pour lever la tête du guidon et faire évoluer nos outils de travail ».
Dominique Tisseur, Loire Conseil Elevage





