La traite robotisée favorise l’expression du potentiel laitier grâce à une augmentation du nombre de traites mais c’est un système qui demande une conduite de troupeau irréprochable pour être performant.
Une gestion fine de l’alimentation est un des points clefs à maitriser aussi bien à l’auge qu’au robot. La complémentation nécessite de trouver l’équilibre entre la technique et l’économie. D’un point vue technique, en dehors des débuts de lactation qui viennent se faire traire pour se soulager, c’est la distribution de concentrés qui attire les vaches au robot. D’un point de vue économique, l’enjeu est de gérer le compromis entre mettre du concentré pour attirer les vaches, et ne pas trop en mettre pour les vaches en fin de lactation qui produisent moins de lait.
Ingestion et rumination, les piliers de la santé
Il faut entre 5 et 6 heures par jour à une vache pour consommer sa ration et boire souvent plus de 100 litres d’eau ! Un gros repas s’effectue lors de la distribution, puis est renouvelé 10 à 12 heures plus tard. Des petits encas réguliers s’interposent entre. Ce film alimentaire continu permet de limiter l’ampleur des 2 principaux repas et de nourrir régulièrement les bactéries du rumen. Mettre les animaux dans un tel cycle est capital, que ce soit pour assurer une fréquentation régulière du robot de traite et préserver une excellente santé. La conséquence des films alimentaires discontinus est notable, elle se traduit par une mauvaise digestion et par une baisse importante du pH ruminal. Ce phénomène peut être d’autant plus fréquent en traite robotisée du fait des consommations souvent plus importantes de concentrés au robot.
Confort et circulation : pour exprimer l’ingéré !
Après la prise alimentaire, la vache doit se coucher et se reposer dans de bonnes conditions. Une phase de repos dure environ une heure et permet aux animaux de ruminer, favorisant ainsi une bonne digestion. Cette alternance peut compter jusqu’à 15 périodes journalières. De bonnes conditions d’élevage et de logement doivent mettre la vache dans cette ambiance-là. Toute dérive peut engendrer des comportements anormaux. Les plus courants sont des logettes mal réglées ou inconfortables, des accès à l’auge difficile, un sol glissant, un nombre de cornadis limité, des points d’eau insuffisants.
Ainsi en système robot, les animaux doivent aller naturellement et aisément vers le robot, en sortir pour aller boire et manger, et se diriger vers les premiers lieux de couchage.
Ration de bonne qualité, concentrés appétents, circulation aisée, bâtiment fonctionnel et excellente santé des membres sont autant de points cruciaux qui permettront à la fois de maîtriser la santé des animaux et donc la valorisation de la ration.
De l’expertise et de la maîtrise technique des Hommes, en découle les performances !
GAEC LA FERME DES DELICES (42) : point de rencontre des conseillers nutrition et robot de traite de la FIDOCL
L’élevage situé à St Cyr les Vignes, et qui exploite 240Ha pour nourrir un troupeau de 210 vaches laitières plus la suite nous a ouvert ses portes pour une rencontre entre les référents départementaux en nutrition et robot de traite : gage d’échanges et de partage de compétences.
A la suite d’un incendie en 2022, l’élevage a dû se reconstruire pour renaître de ses cendres. Toujours en recherche de performances, tout a été pensé pour optimiser le niveau de production en offrant le meilleur confort aux animaux. Ceci en garantissant néanmoins de bonnes conditions de travail pour les 4 associés et 7 salariés qui gravitent autour des ateliers agricoles (lait, culture, unité de méthanisation de 250Kwh). L’une des particularités du site est que l’ensemble des animaux sont logés sous un unique bâtiment.

Les ouvertures maximales et les ventilateurs assurent une aération adéquate du bâtiment de 6 000 m², mais cela ne suffit pas ! La gestion du troupeau en 3 lots avec chacun son robot de traite pour 60 vaches en production, mais avec la même ration de base n’est pas le fruit du hasard non plus. Un lot de 60 vaches dispose de logettes confortables tandis que les 120 restantes se partagent 2 aires compostées, entretenues 2 fois par jour au cultivateur et offrant 15m²/VL. Le confort au sol y est incontestable ! Confort et circulation sereine des animaux afin d’avoir une fréquentation optimale des robots et une maximisation des productions comme mot d’ordre.
Mais pour produire, il faut aussi se nourrir, et ça, les éleveurs l’ont bien intégré à la stratégie de l’exploitation. Fourrage de qualité et en quantité, film alimentaire maîtrisé, densité de ration maximisée et management du troupeau sont les points clés. Tout commence par la gestion de la vache tarie et la phase de prépa vêlage. Ici elle se déroule sur « aire paillée » avec un DAC afin de familiariser les animaux à une telle prise alimentaire et ainsi de gagner en réactivité et en fréquentation au robot dès le vêlage. Pour maintenir des animaux en pleine santé, bien sûr on veillera à la BACA et au niveau d’ingestion mais pour gérer l’état des animaux, une ration à 12.5% d’amidon et 14 % de MAT serait enviable.
Une fois le vêlage acté, une ration bien gérée et une complémentation progressive au robot garantiront la capacité des animaux à augmenter leurs appétits en proportion de leurs productions. Avec des fourrages de qualité, ce parallèle permettra de diminuer des phénomènes d’acidose et d’acétonémie et donc de s’orienter vers plus de santé animale. En favorisant l’expression du potentiel, la perte d’état en début de lactation est souvent soutenue, si elle n’est pas raisonnable et maîtrisée, l’acétonémie survient. Mais attention, une distribution trop importante et rapide de concentrés pendant les traites, couplée à un manque d’ingestion à l’auge se traduiront par de l’instabilité ruminale, synonyme d’acidose subclinique.

Et justement, l’audit réalisé a permis de mettre en lumière quelques points d’actions : pour gagner en efficacité alimentaire, il est primordial d’avoir un niveau d’ingestion au sommet. Les fourrages encombrants et donc moins digestes, doivent être substitués pour densifier la ration et éviter le phénomène de tri. Un manque d’ingestion entre 1h et 7h du matin a pu être constaté, de plus l’entretien quotidien de la litière impose de libérer l’espace et peut donc perturber le repos des animaux et la vie de troupeau. Une repousse de la ration du temps de midi ou un fractionnement de la distribution pourrait-être profitable afin d’optimiser la fréquentation du robot. Le projet d’intégrer un robot d’alimentation pourra certainement apporter plus d’harmonie dans cette gestion alimentaire.

Dans toutes pratiques, il est possible d’apporter du perfectionnement, mais le bilan que nous dresse cette exploitation est très remarquable, les 11 100kg de lait produits par vache sont le fruit d’un travail assidu sur la conduite alimentaire, la maîtrise du confort et la fréquentation des 3 robots de traite. Nous les remercions chaleureusement pour leur accueil.
Antoine Roche, Haute-Loire Conseil Elevage





