Des futures vaches laitières dans les starting-blocks

La conduite des génisses de 0 à 6 mois est une étape primordiale dans leur vie de future vache laitière. C’est lors de cette phase que l’on va assurer le bon développement squelettique et musculaire de l’animal. Quelle que soit la stratégie de vêlage, précoce ou tardif, l’objectif est d’atteindre 200kg à 6 mois. Afin d’atteindre cet objectif, il faut réussir ces 3 grandes étapes : la distribution du colostrum, l’allaitement et les transitions.

 

Distribuer le colostrum : rapidité, qualité et quantité

 

La gestion du colostrum est une étape stratégique qui influe sur les performances laitières futures de l’animal. Lors de la gestation, le placenta agit comme une barrière, il ne permet pas le passage des anticorps de la vache à son veau. Le colostrum est donc la seule source d’immunité pour le veau. Il apporte également des nutriments essentiels, ainsi que des facteurs de croissance et hormones. Le colostrum diffère du lait par sa composition, il s’agit bien de la première traite après vêlage.

 

La première étape consiste donc à récolter le colostrum rapidement. La mère doit être traite idéalement dans les 2 heures après le vêlage car la concentration en anticorps dans la mamelle diminue rapidement ensuite (de 110 mg/mL d’IgG au bout de 2h à 80 mg/mL d’IgG au bout de 14h). Une hygiène stricte doit être respectée pour récolter le colostrum afin de ne pas le contaminer.

 

 

La deuxième étape consiste à distribuer le colostrum au veau. Dès 4 heures après la naissance, la paroi intestinale se modifie et commence à devenir imperméable en limitant le passage des anticorps dans le sang. Il faut donc assurer rapidement la distribution du colostrum de bonne qualité en bonne quantité. Idéalement la première buvée doit être prise dans l’heure qui suit le vêlage.

 

Le veau doit recevoir 200g d’anticorps dès la naissance. Le volume à distribuer dépendra de la qualité du colostrum. Pour un colostrum moyen (50g/L d’IgG), il faudra faire ingérer 4L de colostrum. Pour un colostrum de bonne qualité (entre 70 et 100 g/L d’IgG), 3.5L suffiront. La température de buvée est un élément important, il faut respecter une température de 40°C. En présence d’un colostrum de mauvaise qualité, il est préférable de distribuer un colostrum de bonne qualité issu de la réserve.

 

 

Pour créer une réserve de colostrum, il faut identifier ceux de bonne qualité. La qualité du colostrum dépend du rang de lactation, de la qualité du tarissement et de la préparation au vêlage. Pour savoir quel colostrum conserver, il faut pouvoir apprécier sa richesse en anticorps. Le réfractomètre optique est l’outil le plus fiable et facile d’usage pour cela. Il est conseillé de garder uniquement du colostrum de qualité supérieure (26 brix soit 80g d’IgG minimum), excédent de la première traite et issu d’une vache de son exploitation. Ce critère est important car chaque exploitation a un microbisme spécifique, le colostrum est donc adapté à l’environnement de l’exploitation. Le colostrum peut être conservé en bouteilles ou en sacs de congélation identifiés et datés. La durée maximale de conservation d’un colostrum congelé est de 6 mois à un an. Le colostrum se décongèle au bain marie (maximum 40°C) afin de conserver ses propriétés nutritives et immunitaires. En effet, à une température plus élevée, les anticorps et protéines seront détruits.

 

 

La période d’allaitement

Afin d’assurer sa croissance, le veau a besoin de lait, aliment principal du jeune veau, mais aussi de concentrés, de fourrages et d’eau. Le fourrage participe au développement du rumen et à la taille de ses papilles, le concentré favorise le développement du nombre de papilles. Le veau doit avoir accès à ces aliments dès son plus jeune âge.

Si la période d’allaitement est conduite au lait entier, alors il faut privilégier du lait de mélange afin d’éviter les variations de taux individuels. Il est déconseillé de distribuer du lait à antibiotiques ou à cellules.

 

 

Quant à l’utilisation de lait en poudre, il faut chercher un aliment qui possède un maximum de protéines d’origine laitières, pour un apport en caséine suffisant qui permettra une meilleure digestion dans la caillette. Au-delà du choix de la poudre de lait, il faut respecter la température de préparation et de distribution ainsi que les concentrations indiquées, de vérifier la qualité bactériologique de l’eau utilisée pour la reconstitution. L’ambiance et l’hygiène de la nurserie doivent être optimales.

Dès la première semaine, le veau doit avoir accès à du fourrage grossier, du concentré par petite portion et de l’eau potable. Le choix du concentré est également important pour le développement du rumen. L’objectif de l’aliment 1er âge est de maximiser l’ingestion de matière solide pendant l’allaitement. En termes de composition, il faut rechercher un aliment énergétique (>0.95 UFL) et à plus de 16% de MAT. Outre la valeur de l’aliment, il est important de proposer des petites quantités, en s’adaptant à l’évolution de l’ingestion du veau. Il faudra renouveler cet aliment régulièrement afin de préserver l’appétence.

 

Réussir les transitions

Dès que le veau consomme bien l’aliment 1er âge, il faut démarrer progressivement la transition vers l’aliment 2ème. L’aliment 2ème âge doit avoir les valeurs minimums suivantes : 0.93 UFL, 16% MAT et 12% de cellulose brute.

C’est à 3 semaines de vie que les papilles du rumen se développent et qu’apparaissent les bactéries cellulolytiques. A 7 semaines, l’amylase apparaît pour la digestion de l’amidon, et à 10 semaines, le rumen atteint un volume de 10 litres. C’est à partir de cet âge là que le sevrage pourra intervenir si toutes les conditions sont réunies et que le rumen est fonctionnel. Pour réussir le sevrage, les quantités de lait devront être progressivement diminuées pour inciter le veau à consommer plus de concentrés. A l’issue de la diminution de la phase lactée, l’ingestion de concentrés doit atteindre 2 kilos bruts par jour et le poids vif doit être de 100kg minimum. Il est primordial que ces deux critères soient respectés. Enfin, pour un sevrage réussi, il faudra limiter un maximum le stress de l’animal en évitant un changement d’environnement, un écornage ou autre manipulation (vaccin, traitement).

 

 

Peu importe la stratégie d’âge au vêlage, le rationnement des génisses jusqu’à 6 mois doit être identique. Il est important de maitriser la qualité des ingrédients de la ration et d’utiliser une ration sèche jusqu’à 4 mois. Limiter les fourrages fermentés permet de limiter le risque d’acidose. Il suffit de sécuriser les apports d’énergie, azote et fibres par les concentrés. Une fibre accessible et de qualité garantit une bonne stabilité ruminale.

 

Elisabeth Bonnal, Cantal Conseil Elevage

Partager sur:

Autres articles techniques

Salon Innov’ADICE caprin

Pour bien commencer l’année, ADICE vous invite à son salon Innov’Adice Caprin sur le thème « des solutions techniques, technologiques ou numériques au service des éleveurs

En savoir plus