Terme de plus en plus visible depuis quelques années, les mycotoxines sont entrées dans le quotidien des élevages. Les mycotoxines sont des substances toxiques issues de champignons ou moisissures. Les champignons peuvent se développer du champ jusqu’au stockage. Les mycotoxines, elles, peuvent être produites au champ ou lors du stockage. Il y a, à ce jour, plus de 1000 mycotoxines identifiées.
Les facteurs favorisant le développement des champignons sont le climat, avec le stress hydrique ou thermique, et les dommages physiques qui peuvent être causés par des parasites, la grêle ou encore le vent.
Les genres de champignons les plus fréquemment rencontrés sont ceux du Fusarium (champignons de champ), Aspergillus et Pénicillium en champignon de stockage, ou encore Claviceps en champignon mixte.
Les facteurs favorisant la production de mycotoxines sont principalement le taux d’humidité, la température ou encore le pH.
Attention ! Ce n’est pas parce qu’il y a une présence de champignons visibles qu’il y a forcément présence de mycotoxines. Mais inversement, ce n’est pas parce qu’aucun champignon n’est visible, qu’il n’y a pas de mycotoxine ! Les mycotoxines sont invisibles, inodores, et surtout n’ont pas de goût ! Voilà pourquoi il est compliqué de déterminer leurs présences dans les aliments distribués aux animaux.
Les aliments à risque pouvant être porteurs de mycotoxines sont en prime abord les ensilages de maïs, plante entière ou épi, le maïs grain ou encore les coproduits. Le risque est moins élevé mais présent tout de même sur les ensilages d’herbe, les céréales, la paille et le foin.
Quelles réactions pour les animaux ?
Les ruminants sont particuliers ! Leur rumen est capable de dégrader et inactiver une partie des mycotoxines le traversant grâce à ses micro-organismes. Toutefois, une grande partie reste active, et peut même encore gagner en toxicité.
La capacité de détoxification du rumen dépend de sa santé et peu évoluer dans le temps. Elle sera moins efficace en péri-partum, ou encore en cas d’alimentation riche avec un risque latent de sub-acidose. Elle est également moins efficace chez les hautes productrices. La multi contamination aux mycotoxines d’une ration distribuée peut également nuire à la capacité de détoxification du rumen.
L’impact des mycotoxines sur les bovins dépend de leur famille. Les trois mycotoxines de champ les plus connues et les plus couramment analysées sont la déoxynivalénol (DON), la nivalénol (NIV) et la zéaralénone (ZEA).
Les principales observations cliniques sur les bovins pour la DON et la NIV sont la baisse d’ingestion, et donc des performances laitières, la baisse d’immunité avec l’apparition de mammites ou de métrites, ou encore des diarrhées.
Pour la ZEA, ce sera plutôt des troubles de reproduction qui apparaîtront, comme des chaleurs retardées, des anœstrus, ou encore des avortements.
Tous ces symptômes ne sont pas attribuables seulement à la présence de mycotoxines et peuvent être observés dans les élevages régulièrement. Une fois toutes les pistes classiques (alimentation, environnement, sanitaires…) écartées, si les symptômes persistent encore, alors il peut être intéressant d’analyser les aliments à risque de la ration.
Comment savoir ?
Même s’il n’y a pas de corrélation systématique entre les teneurs analysées en mycotoxines et l’impact zootechnique sur les animaux, et qu’il est important de prendre en compte l’effet cumulatif et synergique des différentes mycotoxines, l’analyse des fourrages est une première étape qui permet d’évaluer un niveau de risque potentiel.
La répartition de la présence de mycotoxines dans un fourrage est très hétérogène. C’est pourquoi il est primordial de réaliser un prélèvement minutieux. L’idéal est de prélever au minimum 20 sous-échantillons, bien répartis dans l’espace et de créer un échantillon de ce mélange homogénéisé.
Plusieurs tests sont possibles. Le premier, en élevage grâce à des bandelettes, permet un résultat rapide mais peu fiable par rapport à des analyses de laboratoire. Le test ELISA simple en laboratoire permet d’analyser la présence de DON, ZEA et fumonisines. C’est le test chromatographique à spectrométrie de masse qui permettra l’analyse de toutes les mycotoxines présentes.
Voici quelques repères zootechniques.
En microgramme/kg de MS – Source : observatoire des mycotoxines.
Quelles mesures curatives quand les mycotoxines impactent les animaux ?
La première mesure à activer est la fixation des mycotoxines par adsorption pour réduire la quantité de mycotoxines qui passent dans le flux sanguin par l’intestin. Les principaux agents d’adsorption à mettre en place dans les rations sont l’argile, le charbon actif ou encore les parois de levure. Mais attention, toutes les mycotoxines ne sont pas adsorbables !
La deuxième est de pouvoir inactiver les mycotoxines par bio transformation grâce à des enzymes ou micro-organismes. Cette méthode est spécifique, efficace et irréversible, et agit sur la plupart des mycotoxines qui ne peuvent pas être adsorbées.
Et enfin, il est primordial de pouvoir soutenir l’organisme de la vache, notamment le rumen et le foie, pour qu’ils puissent fonctionner correctement, en supplémentant les animaux en Cobalt, Soufre, Iode, ou encore vitamine B.

Travailler en amont
Il est également important de pouvoir réduire les risques de développement des champignons et mycotoxines au champ. Pour cela, la gestion des résidus est un des premiers leviers à activer. Broyer les résidus après récolte permet de réduire de 60 à 80% la contamination de la culture suivante. Enfouir les résidus par le labour réduit considérablement le risque infectieux de la parcelle. Par exemple, les fusariums peuvent survivre 20 mois. Dans ce cas, enfouir les résidus à 15-30cm facilite leur dégradation et la perte de viabilité des spores.
Ensuite, il faut éviter la monoculture de maïs, et pouvoir gérer ses foreurs, comme la pyrale, la sésamie ou encore l’héliothis, qui sont des portes d’entrées pour les fusariums.
La date de récolte influence aussi beaucoup sur la qualité du fourrage. Plus la récolte est tardive, plus les teneurs en mycotoxines sont élevées, quel que soit la mycotoxine. Il faut donc viser une date de semis adaptée, et choisir ses variétés en fonction de leur précocité.
Lors des choix de semences, il faut également pouvoir éliminer les variétés connues comme très sensibles au développement de champignons.
Et pour réduire les risques liés au stockage, il faut être vigilant au stade de récolte, pour que celui-ci soit optimal, veiller à la propreté des silos, à la qualité du tassement et à la qualité de la bâche, pour permettre une mise en anaérobie rapide.
En conclusion, même si tous les problèmes ne sont pas à attribuer aux mycotoxines, il faut garder en tête qu’elles existent, et que leur présence peut avoir un impact sur la rentabilité de l’atelier lait.
Florine Damians, ACSEL





