Audit lactocorders : décrypter la traite de vos vaches de A à Z

La traite est un point stratégique dans le quotidien d’une exploitation laitière. Elle influe sur la qualité du lait, la production des animaux et impact donc le revenu des exploitations. L’assistance traite lactocorders proposé par le réseau conseil élevage est un excellent outil pour aboutir à une traite efficace et maitrisée.

C’est quoi un lactocorder ?

C’est un appareil électronique qui se branche à chaque poste de traite et permet l’enregistrement vache par vache de nombreux paramètres : le poids de lait, les débits d’éjection du lait, la conductivité, la bimodalité et la surtraite. Il permet également de mesurer l’efficacité du lavage de l’installation.

Décortiquer les pratiques de traite

Pour qu’une traite soit efficace, il faut que tous les ingrédients suivants soient réunis.

Une bonne préparation des animaux permet d’une part une bonne hygiène de traite mais aussi une bonne stimulation de la mamelle. Le but étant de déclencher l’éjection du lait de manière optimale. Une vache mal préparée ou un branchement trop rapide va engendrer de la bimodalité, c’est-à-dire qu’en début de traite, uniquement le lait citernal va s’évacuer dans la griffe. On observe alors une période où l’éjection cesse, parfois pendant plus d’une minute, pour ensuite reprendre. Ceci engendre un rallongement du temps de traite de l’animal et le prédispose aux infections mammaires. Si l’on remarque au moins 20% d’animaux présentant des courbes avec bimodalité alors un changement des pratiques de traite est nécessaire.

L’audit aborde également le sujet des protocoles d’hygiène de traite et des produits utilisés suivant leur composition chimique et leur mode d’action.

Le débit maximum mesuré individuellement donne une idée de la vitesse de traite de l’animal. C’est une donnée intéressante pour la sélection génétique dans un troupeau au moment des plans d’accouplements.

A la fin de la traite de l’animal, le retrait des faisceaux trayeur doit intervenir le plus rapidement possible. Cette phase peut être perturbée ou inégale en cas de déséquilibre de la mamelle ou dans le cas de quartiers infectés. Elle dure en général, 1 min à 1 min30. Au-delà, on s’expose aux risques de la surtraite, néfaste en tout point. Avec une installation équipée de décrochages automatiques, si ce temps dépasse le seuil d’1 min, alors il faut envisager un contrôle des réglages de la dépose et de leur homogénéité ou s’assurer que le lavage fonctionne. L’égouttage (le fait d’appuyer sur la griffe) est également à proscrire, il abîme fortement les sphincters.

 

 

Enfin l’ambiance de traite est primordiale pour une bonne efficacité. Elle se traduit par des animaux calmes, sans stress donc sans chute de faisceaux ni de bouses excessives en salle de traite. C’est une traite rapide, efficace et donc avec un rythme soutenu. Cela permet de gagner du temps et de rendre moins traumatisant le moment de traite pour l’animal. Il faut bien sûr veiller à la cohérence entre la taille du troupeau, le nombre de trayeurs et la capacité de l’installation de traite. Le surdimensionnement de l’installation par rapport au nombre de vaches ou de trayeurs peut être évalué grâce à l’efficacité du chantier et la proportion temps réel de traite par rapport aux temps mort.

La mesure de la température du lait qui, si elle est trop élevée, peut révéler un état infectieux de l’animal (mammites, maladies véhiculées par les tiques, non délivrances) est aussi mesurée.

Le lavage de la machine à traire : un point primordial à ne pas négliger

Turbulence, température de l’eau, quantité de détergents grâce à la conductivité et résidus de lessive sont autant de paramètre enregistré. Lors de l’audit, ils permettent alors d’évaluer l’efficacité globale du lavage de l’installation de traite puis d’aller jusqu’au niveau du poste par poste. Un lavage efficace, c’est une bonne turbulence (action mécanique), un bon dosage de détergents (action chimique), une bonne température (conformes aux produits utilisés). Il est de même primordial de vérifier un temps de contact conforme aux produits utilisés et de s’assurer d’une bonne alternance des détergents.

Du fait de l’adaptation des quantités d’eau, de détergents et d’énergie utilisée pour son bon fonctionnement, l’optimisation du lavage a un impact économique et environnemental non négligeable.

En élevage, 90 à 95% des résultats interprofessionnels « flore totale » sont conformes. Malgré tout, on remarque que les lavages ne sont pas toujours parfaits. Les conséquences de ces mauvaises pratiques sont plus tardives et c’est parfois au bout de plusieurs semaines ou mois que les problèmes peuvent survenir. Un lavage défaillant peut avoir un effet négatif sur les décrochages automatiques, la création progressive de biofilm dans les lactoducs et les fluxmètres peuvent perturber le fonctionnement des décrochages. Ces derniers ne doivent pas être modifiés sans avoir l’assurance que le lavage soit optimal.

L’audit a tout son intérêt dans la gestion du lait cru car on peut avoir des laits conformes aux analyses en germes totaux mais pas en coliformes ou en STEC.

Enfin l’audit peut être répéter dans le temps pour évaluer la pertinence de changement des pratiques.

 

Témoignage 

Guillaume Royer, conseiller en élevage depuis 14 ans dans le Cantal, spécialisé dans les audits assistance traite lactocorders et accompagnement des éleveurs en lait cru.

Sur les 4 dernières années, les 5 premières raisons qui déclenchent la demande d’une expertise lactocorders sont :

  • L’audit des pratiques de traite
  • L’audit du lavage
  • Une préconisation du conseiller référent
  • L’audit d’une nouvelle salle de traite
  • La gestion du lait cru.

 

 

Dernièrement j’ai été sollicité par un éleveur ayant des problèmes de qualité du lait. Lors de l’audit nous avons détecté un manque d’eau global lors du lavage de l’installation, dont un poste obstrué par un corps étranger au niveau des plateaux des griffes. Nous avons également détecté une température trop faible et un dosage non conforme, ce qui entrainait des résidus de lessive dans la dernière phase de rinçage, ainsi qu’un volume d’eau trop élevé.

Suite au réglage du chauffe-eau, à l’augmentation de la température, au réglage du volume d’eau et au réajustement de la quantité de détergents, un second audit, cette fois de surveillance a été réalisé. On obtient une turbulence parfaite en « dents de scie », une température d’action entre 40°C et 60°C et une absence de résidu dans l’eau de rinçage.

 

Elisabeth Bonnal, Cantal Conseil Elevage

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