Eviter la chute de la matière grasse

La matière grasse dans le lait est un des premiers critères de paiement et reflète l’état sanitaire des laitières.

La matière grasse a deux origines, une partie venant directement des aliments de la ration et une partie, les acides gras courts et moyens, synthétisés par la mamelle. Les acides gras alimentaires peuvent subir des modifications au niveau du rumen et notamment une hydrogénation plus ou moins complète qui fait que l’on retrouve qu’une minorité d’acides gras poly-insaturés dans le lait.

 

La ration fournit les acides gras longs (≥C16), qui compose jusqu’à 45% de la matière grasse. La fermentation de la fibre dans le rumen donnera de l’acide acétique (C2) et butyrique (C4) qui grâce à la synthèse de Novo donneront des acides gras courts et moyen. Enfin, les réserves corporelles de l’animal lorsqu’elles sont mobilisées apportent de la matière grasse sous forme de C18/1.

 

La problématique du taux de matière grasse bas est régulièrement rencontrée en élevage. Elle est multifactorielle ; la génétique, le rang de lactation, le niveau de production, la saison sont à prendre en compte. Mais un taux butyreux (TB) bas peut également traduire un dysfonctionnement de la ration comme une instabilité ruminale, un déséquilibre azote/énergie, ou encore une ingestion irrégulière ou insuffisante. Le TB observé est inférieur à 40g/L. La tendance en acides gras de chacun est différente. Leur analyse permet donc d’orienter l’origine de la baisse du TB.

Le phénomène de dépréciation de la matière grasse est provoqué par une quantité d’acides gras insaturés totaux élevée (herbe jeune, graine de lin, colza gras…) Cette dépréciation peut être très forte si la ration dépasse 5% de MG. Les C16 :0 ont tendance à baisser pour passer sous le seuil des 10g/L, et enfin, le rapport TB/TP présente également une baisse.

 

Si c’est l’acidose qui est suspectée, on observera plutôt des C16 :0 élevés (>13g/L), et donc par défaut des rapports C16/TB et C16:0/AGS qui auront tendance à augmenter. Le rapport TB/TP présentera également une baisse, pour passer sous le seuil 1.15.

Dans ce cas il est préférable de diminuer les glucides rapides, notamment type céréales à paille, et d’augmenter le NDF digestible en améliorant la structure physique de la ration avec de la fibre digestible.

Porter une attention à la BACA de la ration et vérifier le niveau de potassium sur les rations ensilage maïs qui doit se trouver entre 14 et 18g/kg de MS.

 

On rencontre des risques d’acidose dans le cas de fermentations intenses dans le rumen, dues à une ingestion rapide, des aliments trop fermentescibles et la baisse de pH inhibe le développement de la flore cellulolytique. Dans ces cas, la production laitière peut être bonne, mais les animaux présentent des signes d’inflammation, de pathologies des pattes.

Les leviers sont purement zootechniques. Tout d’abord vérifier le bon fonctionnement du film alimentaire (de la ration disponible sur 24h !), vérifier le niveau de concentrés, le niveau d’amidon et sa répartition (rapide, by-pass). Augmenter la fibrosité de la ration par la NDF permettra une sécurité supplémentaire.

 

 

 

 

 

 

A partir du 2 juin, nous observons un TB très bas. La situation se dégrade fortement au 20/6, avec des AGSA très bas (<24) et notamment des acides gras de Novo réduit (<9). Les AGPI faibles ne nous orientent pas sur de la dépréciation. L’acidose est au cœur du problème. Les critères nutritionnels de la ration avec un niveau d’amidon fort, un niveau de NDF bas et un niveau MAT moyen, à la suite d’un changement de silo de maïs ont mis le rumen en instabilité. La situation se rétablit fin juin.

 

Florine Damians, Acsel Conseil Elevage

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